Newly-arrived Syrian refugees Raffi Der Kaspar, 10, and his sister Lara, 17, are greeted by Quebec Premier Philippe Couillard, left, Immigration Minister John McCallum, second from right, Montreal Mayor Denis Coderre, centre, and Herritage Minister Melanie Joly, second from right, at a welcome centre, in Montreal, on Saturday, Dec. 12, 2015 in Montreal. THE CANADIAN PRESS/Paul Chiasson

« L’immigration n’apporte pas d’avantages économiques significatifs à la population d’accueil »

(La citation du titre est de l’économiste Pierre Fortin)

Mine de rien, l’économiste de l’UQAM vient de faire tomber un mythe tenace… « l’immigration n’apporte pas d’avantages économiques significatifs à la population d’accueil » a expliqué le respecté professeur qui participait à la consultation en commission parlementaire sur le projet de loi 77 (réforme de la Loi sur l’immigration). Il a ajouté aussi ceci :

« Vous êtes naturellement portés à combattre la perception, répandue dans les autres provinces, selon laquelle les Québécois forment une nation chauvine, xénophobe, voire raciste. En conséquence, vous pouvez être tentés de poser des gestes excessifs à la seule fin de démontrer votre ferme engagement à être ouverts, accueillants et hospitaliers. […] 

Nul doute qu’elle [la volonté exprimée par le patronat et le conférence board de hausser les seuils d’immigration jusqu’à 90 000 par an!] exposerait le Québec aux dangers d’une déferlante excédant la capacité d’absorption raisonnable de sa population et destructive à terme de sa cohésion sociale. […]

Les perturbations politiques et sociales qui frappent présentement l’Europe, où le taux d’immigration est même inférieur à celui du Québec, prouvent que ce danger n’est pas imaginaire dans une société qui a mal géré son immigration et sa diversité »

Si l’immigration est un fardeau économique qui n’apporte que peu d’avantages en la matière à la société d’accueil et que les problèmes de gestion de la diversité sont connus et admis en ce qui concerne l’immigration massive de la dernière décennie au Québec, pourquoi alors même considérer de faire presque doubler les seuils d’immigration?

Il est normal que toute société accueille des immigrants et des réfugiés. Mais cette question, dans le cadre spécifique du Québec comme province du Canada est viciée. Le simple fait de questionner ou de s’opposer aux seuils actuels d’immigration ou de remettre en question, par exemple, l’accueil précipité et désorganisé de réfugiés syriens comme le fait actuellement le gouvernement radicalement pro-multiculturalisme de Trudeau peut facilement valoir des accusations de xénophobie, de racisme.

Pourtant, cette question mérite d’être débattue. Le Québec accueille beaucoup. Peut-être même trop. Au pro-rata de sa population, le Québec accueille plus que toutes les nations d’Europe. Oui, si le Québec faisait partie de l’Union européenne, il serait au top de la liste. Il l’est au Canada parmi toutes les provinces. C’est le Québec qui accueille le plus. Selon le recensement canadien de 2011, le Québec accueille un immigrant sur cinq au Canada.

La proportion de citoyens canadiens nés à l’étranger est plus grande dans le ROC (21%) qu’au Québec (13%) ce qui justifierait que l’on accueille plus d’immigrants semble-t-il… Statistique effarante, Montréal comptait en 2011 un total de 846 645 immigrants, soit 12,5 % du total national. En 1998, le pourcentage de citoyens du Québec nés à l’étranger était d’environ 9.5%. À ce rythme, en 2036, plus de 20% de la population du Québec sera née à l’étranger. Ou bien avant si le gouvernement de Philippe Couillard, lui aussi un adepte invétéré du multiculturalisme sans limite à la Trudeau, acceptait de faire presque doubler les seuils migratoires.

La présomption d’intolérance

C’est ce que le « chroniqueur » (du temps qu’il était à L’Actualité) Jean-François Lisée avait appelé la présomption d’intolérance; un indépendantiste qui remet en question tout aspect de l’immigration est un intolérant. Lisée rappelle un accrochage entre la ministre libérale (sous Charest-2009)  Christine St-Pierre qui avait sous-entendu que le député péquiste débordait d’intolérance suite à une question qu’il avait posée à la ministre Weil concernât la loi 101 et les immigrants. Lisée raconte :

« Pierre Curzi qui tentait de savoir ce que le gouvernement ferait pour protéger la loi 101 de la dernière décision de la Cour suprême.

Curzi avait posé sa question à la ministre de la justice, Kathleen Weil, soulignant son silence sur la question. Mais en l’absence de cette dernière, Mme St-Pierre a du répondre. Embêtée par le fait que le gouvernement (lire: le cabinet du PM) n’a pas encore fait son lit en la matière, la pauvre ministre n’avait rien à répondre. Or le vide, en politique, créée toujours les conditions gagnantes de la gaffe. « Je n’ose pas croire ce que le député de Borduas (Curzi) sous-entend, lui-même un fils d’immigrant », a-t-elle dit. Euh… Rapport ? St-Pierre se défendit ensuite en affirmant: « Qu’il [Curzi] aille relire le préambule et la question. Tout le monde a compris qu’il attaquait les origines de ma collègue, la ministre de la Justice ». J’invite les internautes à lire l’échange complet ici, et il ne trouvera rien de tel. »

Lisée ajoute également une part du sale petit secret des fédéralistes au Québec concernant l’immigration; on appuie l’immigration à condition que celle-ci soit un appui concret au fédéralisme. Voilà qui explique, depuis longtemps, l’obsession d’une immigration très intense au Québec. Cet échange que Lisée rappelle et qui s’est passé à la Chambre des Communes en 1996 :

« En mai 1996, alors que des questions sont posées en chambre sur l’étrange accélération du processus d’acquisition de la citoyenneté pendant les mois précédant le référendum, le ministre libéral fédéral Doug Young affirme avec un aplomb de débardeur qu’il n’est pas « normal » que des néo-québécois, comme le député bloquiste d’origine chilienne Oswaldo Nunez, prônent la souveraineté.

« Je vais vous dire ce que je pense, dit Young : s’il (Nunez) n’aime pas le pays, qu’il s’en trouve un autre. Absolument.»

Appelé à rabrouer son ministre, Jean Chrétien a eu la décence d’indiquer que M. Nunez avait « le droit d’épouser n’importe quelle cause », mais a ensuité abondé dans le sens de son ministre qui s’indigne que le vote, disons, « ethnique », ne soit pas totalement favorable au Canada. « On trouve, a dit le premier ministre et auteur de la Charte des droits, que ce ne sont pas des gens qui devraient normalement agir comme cela (ndlr : en appuyant la souveraineté) parce qu’ils ont obtenu la liberté qu’ils avaient perdue dans leur pays en devenant citoyens de tout le Canada ».

Sept mois plus tôt, lorsque Jacques Parizeau avait attribué à « des votes ethniques » la défaite du Oui, il avait dû, le lendemain, expliquer que les « mots étaient trop forts », remettre sa démission et subir les remontrances de la quasi-totalité de ses alliés souverainistes. Doug Young, mettant en cause les droits démocratiques des nouveaux citoyens québécois, garde son poste et, loin d’être contredit par son patron, est conforté dans son opinion : le vote ethnique doit être pro-canadien, sinon, ce n’est pas normal. »

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Cela s’ajoutait à une déclaration raciste, franchement ignoble, faite en 1995 par Denis Coderre, qui visait le député du Bloc Québécois Osvaldo Núñez. Coderre avait dit ceci :

«Des fois, j’ai envie de remettre en vigueur la loi sur la déportation et de renvoyer dans leur pays ces gens qui crachent sur mon drapeau.» 

Peut-on imaginer un député indépendantiste dire une telle ignominie? Du moins, comme Parizeau en 1995 (qui finalement avait exposé ce sale petit secret) qui a dû y laisser sa carrière politique et son héritage politique. Lors de son décès, il y en avait encore pour salir son héritage pourtant immense pour le Québec, à partir de la déclaration de 1995. Denis Coderre, lui, s’en tire bien. Il est roitelet de la 2e ville en importance du Canada, 2e foyer d’importance de l’immigration au Canada et il graisse régulièrement la patte de ses amis à l’aide de contrats juteux et lucratifs…

De Lord Durham à aujourd’hui…

Je me suis plongé récemment dans un ouvrage des plus intéressants, une espèce de manuel d’histoire des « vainqueurs » en quelque sorte, Upper Canada, 1784-1841. The Formative Years, par Gerald M. Craig. On y trouve une citation de Lord Durham qui vaut la peine d’être rappelée à l’aune de ce dont nous discutons encore aujourd’hui :

« Durham had come reluctantly to the recommendation of a dual nation […] He had tought that as part of a large federal union the French Canadians would gradually but surely lose their national character »

Extrait de la page 263.
Extrait de la page 263.

les « French Canadians » se sont montrés particulièrement résilient et cela aura pris beaucoup plus de temps que prévu mais comment ne pas voir l’obsession du ratatinement du Québec imposé par le gouvernement du plus fédéraliste premier ministre de l’histoire du Québec, Philippe Couillard, comme un prolongement de cette volonté exprimée par Lord Durham…

En ça, et je suis conscient que c’est dangereux de le dire, comment ne pas voir de la part des fédéralistes qui insistent pour augmenter le plus possible le seuils d’immigration, une volonté de marginaliser toujours plus la nation québécoise. Et il y a l’avantage purement et bassement politique aussi, que certains politiciens fédéralistes ont encouragé et admis… Comme l’ex ministre libéral Christos Sirros :

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Voilà pourquoi selon moi l’argument « économique » avancé par le professeur Pierre Fortin, quoique très important, n’est pas le premier élément qui est considéré par le parti libéral de Philippe Couillard alors qu’il se penche sur la possibilité de hausser les seuils d’immigration au Québec. En ça comme dans son entreprise de ratatinement de la nation québécoise, CE premier ministre sera tenté de décider en fonction d’un idéal qui lui est beaucoup plus important que « l’économie du Québec »… Celui de faire du Québec, au plus sacrant, une province comme les autres dans le Canada idéal du multiculturaliste Justin Trudeau.

Et cet idéal là admet tout à fait que l’on double, et même plus!, les seuils d’immigration au Québec.

 

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