Capture d’écran 2016-01-27 à 13.20.53

Le double discours de Denis Coderre

Vous ne pensiez quand même pas que l’ineffable Denis Coderre allait mettre en péril « l’unité nationale »! On parle de Denis Coderre ici, cet ex ministre libéral fédéral qui était en fonction lors du scandale des commandites, ce gouvernement Chrétien qui avait érigé « l’unité nationale » comme socle à partir duquel tout était permis… Et dieu sait qu’au nom de « l’unité nationale », les fédéralistes s’en permettent depuis!

le maire de Montréal, occupant le devant de la scène lors d’une conférence de presse courue la semaine dernière de la Communauté du Montréal métropolitain (CMM), se posait en grand défenseur de l’économie verte, évoquait la récente COP21 à Paris pour justifier son opposition au pipeline Énergie Est de la pétrolière TransCanada. Fanfares, trompettes, le maire Coderre a parlé. Plusieurs voix se sont levées pour le féliciter. Enfin quelqu’un qui se tient debout dans ce dossier!

Capture d’écran 2016-01-27 à 12.45.01

La réaction du Canada anglais ne s’est pas faite attendre. D’est en ouest on a fustigé le maire de Montréal de plomber ainsi ce vaste projet économique conjugué au « nation building » à la Canadian. le premier ministre de la Saskatchewan Brad Wall s’est encore fendu de mépris envers le Québec et a déclenché un torrent d’invectives envers la Belle province. Déjà en novembre dernier, Brad Wall avait fait adopté une motion au parlement saskatchewannais voulant que le Québec cesse de mettre des barrières au pipeline de TransCanada mais aussi pour s’assurer que l’Office national de l’énergie (ONÉ) du Canada n’étudie pas les conséquences de ce projet sur l’émission des gaz à effet de serre. Du pur délire de « nation pétrolifère paria » (Rogue Restless PetroState) pour citer le Foreign Policiy.

Capture d’écran 2015-10-19 à 09.12.01

Pourtant, Brad Wall a trouvé beaucoup d’appuis dans sa croisade anti-Québec que de remontrances. Le Wildrose party de l’Alberta secoue ses troupes à coup de messages anti-québécois; Rona Ambrose, cheffe intérimaire des Conservateurs au fédéral y est aussi allé d’un appui senti au pipeline, menaçant même Denis Coderre de mettre en péril l’unité canadienne. Même le réputé animateur Rick Mercer, un des porte étendard de la sophistication intellectuelle radio-canadienne, s’est mis de la partie comme le raconte Josée Legault dans son blogue au Journal de Montréal :

« Ce qui m’amène au fameux «coup de gueule» sur le sujet, courtoisie de Rick Mercer, vedette canadienne-anglaise de l’humour dit politique.

À son émission populaire que j’apprécie aussi beaucoup – The Mercer Report -, la vedette s’est fendue d’un plaidoyer passionné et un brin démagogique en faveur du pipeline Énergie Est. Mais surtout, contre la position de Denis Coderre et de la CMM. Traduction : contre la position critique dominante au Québec…

Pour visionner la vidéo, c’est ici.

 

À l’instar du premier ministre courroucé de la Saskatchewan qui, en réponse à Denis Coderre, demandait au Québec de rembourser sa part de la péréquation payée, selon lui, par le pétrole de l’Ouest, Rick Mercer a versé dans le même type de mépris. Pas très édifiant pour un grand humoriste pourtant réputé pour sa «sophistication» intellectuelle…

Surtout, Rick Mercer en fait lui aussi un débat d’«unité nationale» »

Non seulement l’association « péréquation » et « nécessaire appui au pipeline Énergie Est » est-il démagogique, c’est carrément du mépris dopé au mensonge. En fait, il s’agit d’une manifestation probante du dysfonctionnement systémique de cette fédération qui n’en n’a jamais été une. Voilà un excellent sujet de discussion qui pourrait remplacer le révisionnisme historique honteux de Mélanie Joly concernant, notamment, cette racaille de John A MacDonald dans le cadre du 150e de la « Confédération ».

Dès qu’on parle « unité nationale », fallait s’attendre à ce que l’on tente de raisonner le maire de Montréal à partir des plus hauts échelons de la fédération. C’est Justin « Selfie » Trudeau qui a été appelé en renfort. Rencontre au sommet entre le maire de Montréal et le PM du Canada. On imagine Denis Coderre jubilatoire. Soudainement, au sortir de cette rencontre au sommet, la foi en « l’unité canadienne » l’a manifestement emporté sur celle en environnement post COP21… Evan Salomon l’explique à merveille dans le magazine Maclean’s:

« Justin Trudeau met with him on Tuesday and promised tougher environmental processes around pipeline decisions. If the Liberals follow through on that, and Canadians trust that the more than 70,000 km of pipelines in Canada are monitored—something called into question this week by the environmental commissioner—there are still solid reasons to expect Energy East to go ahead. »

Traduction: y’a pas de souci, si les Libéraux fédéraux resserrent juste un peu les règles inhérentes à l’évaluation environnementale faite par l’ONÉ, il n’y a pas de raisons qui justifieraient que le pipeline ne se fasse pas! Petit bémol cependant. La commissaire à l’environnement du Canada a jeté un pavé dans la marde -oups! marre!- cette semaine quand elle a révélé que l’ONÉ était incapable d’assurer un suivi règlementaire de la sécurité de plus de 50% des 73 000 kilomètres de pipelines déjà existants au Canada! Ça fait plus de 36 000 km de pipelines pour lequel on ne peut être certain que des suivis sécuritaires se font! Sans compter que la commissaire déclarait aussi que les plans de réponses en cas de déversements des pétrolières au Canada étaient inadéquats ou sinon, dans certains cas, tout simplement inexistants!

Et on va en ajouter pour 4600 kilomètres c’est ça.

CBC-Montreal a aussi rapporté le ton beaucoup plus conciliant de la part du maire de Montréal. Au sortir de sa réunion avec Justin Trudeau, Denis Coderre ne parlait plus d’opposition mais bien « d’équilibre entre l’apport économique évident du projet et le développement durable! »

« Montreal Mayor Denis Coderre dialed back the rhetoric on the Energy East pipeline project Tuesday, coming out of a meeting with Prime Minister Justin Trudeau with a more conciliatory message. […] On Tuesday, the mayor said « respect » is essential. « At the end of the day, it’s all about respect, being responsible and having a balanced approach [between economic growth and sustainable development], » he told reporters, standing next to Trudeau at Montreal city hall. »

Ah? Est-ce là la nouvelle position des 81 autres maires au nom desquels Denis Coderre parlait la semaine dernière en annonçant son opposition au projet? Je serais très curieux de savoir ce qu’en pense, par exemple, le maire de Laval, un opposant ferme à ce projet de pipeline.

Fallait s’y en attendre, il n’était pas question que Denis Coderre se fasse le porte-parole de l’opposition à Énergie Est tant cela est source de contentieux dans le reste du Canada. La pétrolière TransCanada a essuyé des refus de la Colombie-Britannique et des États-Unis qui refusent d’assumer les risques importants inhérents à ce projet; sans compter que les retombées sont minimes, sinon, comme pour le Québec, inexistantes.

En conséquence, Denis Coderre parle des deux côtés de la bouche. Sauf que cette position ne tiendra pas longtemps. Le maire de Montréal devra faire son nid et peu importe comment TransCanada et les gouvernements complaisants qu’il courtise à grand coup de lobbyistes qu’il pige à même leurs rangs dorent la pilule, rien ne masquera jamais la dure, infecte réalité de ce pipeline. Faire transiter ce pétrole lourd, toxique, plus de 4600 km pour l’exporter en grande partie, voilà qui est un non-sens environnemental, économique et surtout social. Mais les intérêts financiers en jeu sont colossaux et attendez-vous à ce que des sommes importantes soient investies dans la publicité et la rédaction de contenu pro-pipeline à être livré par les différents paliers de gouvernement.

Capture d’écran 2015-11-06 à 15.26.19

Comment expliquer aussi que le ROC, que le maire de la Saskatchewan, Rick Mercer et tous les autres ne se soient pas fendus du même mépris que celui qu’ils manifestent envers le Québec quand la Colombie-Britannique a refusé net le projet Northern Gateway ou les États-Unis celui de Keystone XL? Voilà une manifestation nauséabonde du mépris qui règne envers le Québec et qui s’exprime sans gène quand la nation québécoise décide de ses meilleurs intérêts avant ceux du Canada. Josée Legault le rappelle :

« Mais cet appel qui vise à culpabiliser les opposants à Énergie Est au Québec en les faisant passer pour des égoïstes mesquins de la pire espèce incapables de se sacrifier pour le bien de l’Alberta et de l’unité canadienne, c’est trop fort de café. »

J’irai un cran plus loin, c’est une manifestation éloquente du dysfonctionnement de cette fédération. La C-B aurait le droit, au nom de la protection de l’environnement, de son approvisionnement en eau potable, des terres cultivables et au su des risques trop importants liés au projet de s’y opposer, mais pas le Québec? Et bin! Parfait, nous verrons jusqu’où s’exprimera ce mépris du Québec car s’il existe un projet qui fédérera des citoyens de toutes allégeances c’est bien celui de l’opposition au pipeline Énergie Est. Et quand le gouvernement fédéral sera contraint de l’imposer au Québec en disant que cette décision ne relève QUE du fédéral et que le Québec ne peut s’y opposer, attendez-vous à une crise digne de celle du lac Meech.

Scridb filter