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«Des fois, j’ai envie de remettre en vigueur la loi sur la déportation et de renvoyer dans leur pays ces gens qui crachent sur mon drapeau.»

Alors que je regardais la ronde des selfies, de l’autopromotion, de la récupération outrancière de l’accueil des réfugiés syriens, j’ai eu une pensée pour un des hommes politiques les plus sympathiques que j’ai eu la chance de rencontrer. Un homme courageux qui a dû subir les foudres d’adversaires politiques car ses convictions politiques dérangeant beaucoup dans certains milieux. Son nom? Osvaldo Núñez.

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Je sais bien que cet homme est oublié et que trop peu le connaissent aujourd’hui. Petit Rappel.

« Né au Chili dans une famille pauvre, Osvaldo Núñez devient orphelin à l’âge de13 ans, entre au Séminaire (collège, lycée) des Pères Rédemptoristes mais doit le quitter pour travailler et aider ses six frères et sœurs, ce qu »il fait tout en poursuivant ses études de droit à l’Université du Chili, à Santiago. En 1966, à l’âge de 25 ans, il obtient une bourse de trois ans pour étudier les relations industrielles à l’Université catholique de Louvain, en Belgique. En 1969, il rentre au Chili, où il devient directeur d’éducation ouvrière et syndicale à l’Institut du Travail, à Santiago. En tant que militant du Mouvement d’action populaire unitaire (MAPU), il appuie la candidature de Salvador Allende, élu président en 1970. Osvaldo Nuñez est nommé, par le gouvernement Allende, secrétaire de la Régie des banques, d’où il est congédié le jour du coup d’État, le .

Le 12 février 1974, il fuit le régime militaire d’Augusto Pinochet et arrive à Montréal, avec ses deux enfants. Son épouse, Zaida Macías, le suit ultérieurement. À Montréal, il est embauché à titre de conseiller syndical par un syndicat des travailleurs de l’électricité, affilié à la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ). Pendant 18 ans de militantisme syndical, il défend les travailleurs immigrants, devient président du comité sur les travailleurs immigrants, membre du conseil général de la FTQ et de l’exécutif du Conseil du Travail de Montréal. De plus, il est membre du conseil d’administration de la Ligue des droits et libertés du Québec et arbitre, à temps partiel, à l’assurance-chômage (ou assurance-emploi).

Osvaldo Núñez devient député du Bloc québécois, à Ottawa, pour la circonscription fédérale de Bourassa en 1993. Il est le premier député hispano-américain du Parlement. Tentant d’être réélu en 1997, il est défait par le libéral Denis Coderre. »

Osvaldo Núñez agaçait beaucoup certains fédéralistes comme Denis Coderre, un adversaire politique direct, et Jean Chrétien. Pourquoi il agaçait autant? Car Núñez ouvrait une brèche que les fédéralistes tenaient absolument à garder étanche et fermée, ces immigrants qui épousent la cause de l’indépendance du Québec. Pour ça, Osvaldo Núñez a subi les foudres de Denis Coderre et ce avec une rare violence, un mépris qui débordait aisément dans le racisme primaire.

Je repensais à Osvaldo Núñez en voyant Denis Coderre faire la ronde des selfies en jouant la carte du maire accueillant, inclusif, tout imbu de diversité. Si seulement tous savaient à quel point Coderre n’a pas hésité à jouer la carte de « l’identité » pour battre Osvaldo Núñez dans le comté de Bourassa au fédéral! Comment? Imaginez un instant un candidat du Bloc Québécois ou du PQ qui oserait choisir le slogan suivant : « Votez pour un candidat d’ici ». Je n’ose même pas imaginer la réponse des fédéralistes. Racisme, xénophobie, sales identitaires, etc.

C’était pourtant un des slogans que Denis Coderre a claironné dans ses discours, sur ses pancartes, lors de l’élection fédérale de 1997. Oui, oui, Denis Coderre.

Cela s’ajoutait à sa déclaration raciste, ignoble, de 1995, alors que Denis Coderre, visant le député Osvaldo Núñez, avait dit ceci :

«Des fois, j’ai envie de remettre en vigueur la loi sur la déportation et de renvoyer dans leur pays ces gens qui crachent sur mon drapeau.» 

Déporter ces sales immigrants qui choisissent d’appuyer la cause de l’indépendance. Le seul bon immigrant pour le Québec alors selon Denis Coderre, serait celui qui appuie sans conteste le fédéralisme. Celui qui vient grossir les rangs du « vote ethnique captif » pro Libéral. C’est tellement gros, tellement méprisant, que l’on se demande comment Denis Coderre a pu continuer sa carrière politique sans jamais subir les foudres de ceux qui, au nom de la vertu, ont tout fait pour casser celle de Jacques Parizeau suite à sa déclaration malhabile d’octobre 1995.

Loin de le condamner de tels propos (le ministre fédéral Doug Young avait repris en d’autres mots le même argumentaire que Denis Coderre), le premier ministre Jean Chrétien avait plutôt défendu Denis Coderre et Doug Young à l’époque!

« Appelé à rabrouer son ministre, Jean Chrétien a eu la décence d’indiquer que M. Nunez avait « le droit d’épouser n’importe quelle cause », mais a ensuité abondé dans le sens de son ministre qui s’indigne que le vote, disons, « ethnique », ne soit pas totalement favorable au Canada. « On trouve, a dit le premier ministre et auteur de la Charte des droits, que ce ne sont pas des gens qui devraient normalement agir comme cela (ndlr : en appuyant la souveraineté) parce qu’ils ont obtenu la liberté qu’ils avaient perdue dans leur pays en devenant citoyens de tout le Canada ». »

jean-François Lisée, sur son blogue dans L’Actualité rappelle avec justesse ceci:

« Sept mois plus tôt, lorsque Jacques Parizeau avait attribué à « des votes ethniques » la défaite du Oui, il avait dû, le lendemain, expliquer que les « mots étaient trop forts », remettre sa démission et subir les remontrances de la quasi-totalité de ses alliés souverainistes. Doug Young, mettant en cause les droits démocratiques des nouveaux citoyens québécois, garde son poste et, loin d’être contredit par son patron, est conforté dans son opinion : le vote ethnique doit être pro-canadien, sinon, ce n’est pas normal. »

Voilà le sale petit secret des fédéralistes. Ceux qui balancent des accusations de racisme et de xénophobie envers les indépendantistes avec tant de légèreté mais qui cachent toujours le fait que pour eux, l’instrumentalisation de l’immigration à des fins politiques, afin d’accélérer l’assimilation, la « canadianisation » de la nation québécoise, voilà qui est tout à fait acceptable.

Voilà ce à quoi je pensais en regardant les Coderre, Trudeau, Couillard, Dion se gaver de selfies en se posant comme de grands inclusifs…

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