Image par LaPravda et Jules Falardeau

« Better Crooks than Separatists », ce nouveau paradigme de la politique québécoise…

C’est le rituel du matin, consulter et lire les grands groupes de presses (avant on disait lire les journaux, mais c’est anachronique dans mon cas!) et faire le tour des mes réseaux sociaux. Ce matin, ma bonne amie Julie de Lavaltrie qui post sur son Facebook un commentaire laconique concernant une chronique de Patrick Lagacé de LaPresse sur le bar ouvert de l’état Québécois envers les médecins…

Julie d’écrire « À partir de quel moment c’est du vol? » (c’est emprunté à la chute du texte de Lagacé, je sais bien…)

J’ai trouvé la question très pertinente, intéressante. Surtout que la « rigueur » tant vantée par l’austérien en chef Martin Coiteux est appliquée selon une logique à géométrie très variable. 800M versés en trop aux médecins? Bof! Y’a rien qu’on puisse faire. Salaires versés en trop à certains fonctionnaires? REMBOURSEZ!

Capture d’écran 2015-12-01 à 10.08.02

J’en reviens au fort bon texte de Patrick Lagacé… Ce dernier a contacté Damien Contandriopoulos – professeur à la faculté des sciences infirmières de l’Université de Montréal, titulaire d’un doctorat en santé publique, chercheur (spécialisé en rémunération des médecins) rattaché à l’Institut de recherche en santé publique de l’Université de Montréal – une voix que l’on entend souvent dans les médias sur ces questions complexes… Comme l’obscure rémunération des médecins. Son appréciation de la chose fait rager :

« Pour les médecins, c’est simple. Pile, je gagne ; face, je gagne. Si je facture plus que ce qu’il y a dans l’enveloppe, je gagne. Et si je ne dépasse pas, on me donnera le montant qui reste. Au nom du fait que les médecins sont représentés par des associations syndicales particulièrement habiles, qui se sont négocié des termes d’entente particulièrement avantageux. »

Lagacé de renchérir: « Parce qu’envoyer des ministres médecins négocier avec des lobbyistes de médecins, ça risque de favoriser les intérêts des médecins bien avant l’intérêt public, par le même tour de magie qui explique que les ministres des Finances issus des banques n’agissent pas contre l’évitement fiscal. »

Tout est là.

Au cours des 48 dernières heures, les citoyens québécois ont été indignés, dégoutés par ces exemples de bar-ouvert pour les amis du régime; par ces cas documentés de gens qui gravitent autour du pouvoir libéral (qu’il soit municipal, provincial, fédéral – le trifecta politique du Québec en ce moment… misère!) et qui se graissent comme des porcs alors que pour le reste de la population c’est l’austérité sauvage, les coupures de services et la perspective de la privatisation de certains autres au profit, toujours, des mêmes…

Tout ça aux lendemains de la publication d’un énième rapport sur la corruption-la collusion dans l’état québécois. Un rapport qui loin d’effrayer les pourris, aura réussi à les blanchir, à les conforter même! Trois pages de dissidence d’un des deux commissaires, trois pages sur 1740, mais les seules que ces pourris retiendront, trois pages qu’ils garderont bien près d’eux, comme une caution morale.

À ce moment de ma réflexion suite à ce post Facebook de mon amie Julie, j’ai pensé à Gérald Tremblay, à l’élection municipale de 2009 à Montréal.

Septembre 2009, Gérald Tremblay est visé par des tonnes d’articles concernant la corruption à Montréal, il s’accroche et tente de se faire réélire quand même. Son opposante principale à la mairie de Montréal? Louise Harel. Elle est forte d’une équipe solide. Les sondages sont serrés. Un Angus Reid du 11 septembre 2009 donne Harel en avance par 5 points. Fin octobre, Louise Harel mène encore dans les intentions de vote à quelques jours du scrutin.

La communauté anglophone de Montréal tremble. Pas une « séparatiste » à la tête de Montréal! À quelques jours de l’élection, le West Island Gazette (un encart du Montreal Gazette à l’époque) publie un éditorial choc pour fédérer le vote anti Louise Harel, pour appuyer Gérald Tremblay en dépit de la corruption, la collusion, et tout le reste. Le titre de cet « op-ed » comme on dit dans les médias anglophones (qui n’est pas signé mais appuyé par tout le editorial board, c’est la pratique)… « BETTER CROOKS THAN SEPARATISTS » (mieux vaut des escrocs que des séparatistes). Cet éditorial fera beaucoup de bruit en ce qu’il avait l’honnêteté de dire les choses franchement; pour un segment appréciable de la population de Montréal, il était plus important de bloquer la voie à une « vilaine séparatiste » que de s’occuper de la corruption endémique à l’Hôtel de Ville.

On connaît la suite, Gérald Tremblay sera réélu assez confortablement, fort de l’appui des arrondissements anglophones et majoritairement allophones, Harel se divisant avec Richard Bergeron les arrondissements à prédominance francophone. On peut consulter le détail de cette élection ici.

Gérald Tremblay réélu grâce à la division du vote de l'opposition… Ça vous rappelle quelque chose?
Gérald Tremblay réélu grâce à la division du vote de l’opposition… Ça vous rappelle quelque chose?

Nous vivons depuis dans ce paradigme, celui d’un pouvoir libéral à tous les niveaux de la gouvernance au Québec qui tient à la division du vote de la majorité. Un pouvoir libéral qui ne se sent pas menacé, qui se conforte dans ses agissements passés, qui se croit tout permis, qui ne se remet pas en question.

Capture d’écran 2015-12-01 à 11.15.47

À bien des égards, le rapport Charbonneau s’inscrit tout à fait dans ce paradigme… Les escrocs sont blanchis, et le copinage libéral se porte bien semble-t-il… sinon, comment voir cet indécent contrat entre Denis Coderre et un de ses ex employés au fédéral à raison de 1800$ par jour! Quand il s’agit de puiser dans les fonds publics, ces escrocs n’ont aucunes limites! Ils se croient absolument tout permis.

Capture d’écran 2015-11-25 à 10.05.57

En terminant, je me rappelle également cet intéressant segment du Tout le monde en parle de ce dimanche alors que Bryan Myles faisait remarquer à l’audience que la dissidence du commissaire Lachance serait très lourde de conséquences…

Mais tant que l’opposition – fortement majoritaire –  à ce pouvoir libéral demeurera divisée, le copinage, la collusion, la corruption et cet indécent sentiment d’impunité qui guide l’action de ceux qui incarnent ce pouvoir, tout ça continuera au détriment des intérêts de la majorité. Vous croyez qu’ils se gênent? Dans la même semaine la juge Charbonneau déposait son rapport et un de ses ex-procureurs vedette, aujourd’hui du Bureau d’Inspection Général de la ville de Montréal (B.I.G.) mettait au jours un cartel du déneigement qui agit encore aujourd’hui…

Il en tient à la population de se prendre en main et de cesser de se diviser devant ceux pour qui la gouvernance des escrocs est souhaitable pour autant qu’elle bloque l’accession de tout nationaliste à un poste de pouvoir. Voilà le vrai scandale. Que ce paradigme se soit installé au détriment de l’intérêt de la majorité.

Scridb filter